La fièvre en Médecine Prophétique
La fièvre occupe une place particulière en médecine prophétique, car elle est décrite à la fois comme une chaleur intense à rafraîchir et comme une épreuve pouvant contenir une sagesse pour le corps et pour le cœur.
Les textes rapportés mentionnent notamment l’usage de l’eau pour l’apaiser, tout en rappelant qu’elle ne doit pas être insultée, car elle peut aussi être une cause d’expiation des péchés et de purification.
Pour mieux comprendre ce sujet, il faut donc revenir aux hadiths rapportés sur la fièvre, à leurs explications, puis aux enseignements que les savants ont tirés de ces textes.
Sommaire
ToggleLe hadith principal sur la fièvre
Ibn ‘Umar (رضي الله عنه) rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : « La fièvre, ou la forte fièvre, n’est qu’une émanation de l’Enfer, rafraîchissez-la par l’eau. »
Source : Al-Bukhârî (5723) et Muslim (2209).
Le Cheikh Ibn Al Qayim existe : C’est une vérité confirmée par les médecins qui conseillent, pour faire tomber la fièvre, de boire régulièrement de l’eau afin de compenser la perte hydrique, et de se rafraîchir en humidifiant la peau ou en prenant un bain.
La portée des paroles prophétiques
Ce hadith a posé problème à de nombreux médecins ignorants. Ils l’ont trouvé contraire au remède de la fièvre et son traitement, et nous allons montrer – par la force et la puissance d’Allah – ce qu’il signifie et ce qu’on peut en tirer. Nous disons que les propos du Prophète (ﷺ) sont de deux types : les premiers s’adressant à tous les habitants de la terre, et les deuxièmes étant spécifiques à certains d’entre eux.
Le premier type englobe la plupart de ses propos. Et quant au deuxième, il est semblable à sa parole : « Ne faites pas face et ne tournez pas le dos à la Qibla pour déféquer ou uriner, mais tournez-vous vers l’est ou l’ouest. »
Source : Al-Bukhârî (144) et Muslim (264).
Ces propos ne concernent pas les gens vivant à l’est ou à l’ouest [de la Mecque], ni ceux d’Irak, mais ceux du Médine ou des régions se trouvant sur sa route, comme les pays du Shâm et autres.
Explication de l’éditeur : Ce qui désigne actuellement la Palestine, la Syrie, le Liban, la Jordanie et une partie de la Turquie.
Il dit aussi : « Tout ce qui est entre l’est et l’ouest est une direction pour la prière (Qibla). »
Source : Sahîh At-Tirmidhî (344).
Sachant cela, ces propos concernent spécifiquement les habitants du Hijâz et ses alentours où la plupart des cas de la fièvre qui les atteignait étaient des fièvres d’un jour symptomatiques résultant de l’intensité de la chaleur solaire, et l’eau froide est très utile [pour faire tomber la fièvre] en ce cas, en la buvant ou en prenant un bain.
Explication de l’auteur : Ce qui désigne actuellement la partie Nord-ouest de l’Arabie Saoudite, le long de la mer rouge.
La définition et les types de fièvre
La fièvre est une chaleur étrangère qui brûle dans le cœur et se propage, à travers l’âme et le sang dans les artères et les veines, à tout le corps. Elle brûle ainsi d’une manière qui nuit aux fonctions naturelles.
La fièvre est de deux types :
- Symptomatiques : qui surviennent en raison d’une inflammation, d’un mouvement, d’une insolation ou d’une canicule.
- Maladives : qui se décomposent en trois catégories, et n’apparaît qu’en un endroit avant de se propager à tout le corps :
- Si elle est liée à l’âme, on la nomme « fièvre d’un jour », car, elle disparaît généralement dans la journée, et en trois jours tout au plus.
- Si elle est liée aux humeurs, on la nomme « fièvre infectieuse », et elle est de quatre types : biliaire, hypocondrique, pituiteuse, et sanguine.
- Si elle est liée aux organes solides principaux, on la nomme « fièvre de battement ». Et sous ces catégories générales, on trouve de nombreux types de fièvre.
Les bénéfices possibles de la fièvre
Le corps peut tirer de la fièvre de grands bénéfices que le remède ne peut lui procurer. Très souvent, la « fièvre d’un jour » et « la fièvre infectieuse » peuvent consumer des matières dures qui ne peuvent l’être autrement, ou éliminer une occlusion à laquelle les remèdes purgatifs ne peuvent parvenir.
Quant à conjonctivite soudaine ou chronique, la fièvre guérit la plupart de ses cas, d’une manière étonnante et rapide.
Elle est également utile dans les cas d’hémiplégie, de paralysie faciale, de convulsion de réplétion [trop-plein de l’estomac ou d’autres organes], et dans plusieurs maladies résultantes d’un surplus de matières dures.
Un grand médecin m’a dit : « Dans de nombreuses maladies, nous nous réjouissons de la fièvre comme le malade se réjouit de la guérison, car la fièvre est beaucoup plus utile que le remède : elle consume les humeurs et matières corrompues qui nuisent au corps. Lorsqu’elle les a consommées et que le remède les rencontre ainsi, prêts à quitter le corps, il les en fait sortir. Elle est donc une cause de guérison. »
Explication de l’éditeur : C’est une vérité désormais établie scientifiquement, la « bonne fièvre » est un processus naturel de défense de l’organisme, et tant qu’elle reste limitée la fièvre n’est pas nuisible. La médecine moderne connaît même tout un pan de recherche consacré à l’hyperthermie : l’augmentation artificielle de la température du corps, pour soigner des douleurs comme les rhumatismes ou autres.
L’usage de l’eau froide contre la fièvre
Sachant cela, on peut penser que le hadith désigne les fièvres symptomatiques qui baissent en s’immergeant dans l’eau froide, ou en buvant de l’eau glacée. Le malade n’aura donc besoin d’aucun autre remède. Ce n’est qu’un état chaud lié à l’âme, donc pour le faire disparaître, il suffit d’amener un état froid qui la diminuera et affaiblira son intensité, sans avoir besoin d’évacuer aucune matière, ou d’attendre une consommation.
Le hadith peut également désigner l’ensemble des fièvres. Galien, le plus grand des médecins, a reconnu que l’eau froide est utile pour la guérison de la fièvre, et il dit au dixième article de son ouvrage Hilat ul-Bar’u : « Si un jeune homme bien portant est atteint lors d’une canicule, d’une très grande fièvre, sans qu’il n’y ait d’inflammation dans ses entrailles, il doit se baigner ou nager dans l’eau froide, et cela lui sera bénéfique. » Il dit aussi : « Nous ordonnons sans cesse cela. »
Explication de l’éditeur : Médecin grec à l’origine de nombreuses découvertes en anatomie, et qui compte parmi les plus grandes sources des médecins arabes (129-201G). Sa grande popularité est due au fait que son œuvre a été traduite par Hunayn Ibn Ishâq, et elle s’est très rapidement imposée comme un modèle dans tout le monde arabo-musulman.
Ar-Râzî dit dans son livre Al-Kabîr : « Si la force est grande et la fièvre intense, la consommation claire, sans inflammation dans le corps et sans hernie, il est bénéfique de boire de l’eau froide. Si le malade est de bonne corpulence, qu’il fait chaud et qu’il a l’habitude d’employer l’eau froide extérieurement, on lui permet de l’utiliser. »
Explication de l’auteur : Abû Bakr Muhammad Ibn Zakariyyâ, surnommé le Galien arabe en raison de sa célébrité. Ses écrits sont très nombreux, il est décédé en 311H.
Le sens de l’expression « émanation de l’Enfer »
Sa parole : « La fièvre est une émanation de l’Enfer. » désigne sa forte intensité et sa propagation, comme lorsqu’il dit : « La chaleur intense est une émanation de l’Enfer. », et il y a ici deux points de vue :
Source : Al-Bukhârî (533).
Le premier consiste à dire que ce sont des exemples réelles de l’Enfer, afin d’avertir les gens et qu’ils en tirent des leçons. Allah (ﷻ) a prédéterminé leur existence par des causes qui les impliquent, de même que le contentement, la joie, le bonheur et la délectation comptent parmi les bienfaits du Paradis qu’Allah a fait exister en ce monde comme une leçon et une preuve, et Il a prédéterminé leur existence par des causes qui les impliquent.
Le deuxième consiste à dire que le sens visé est la comparaison. Ainsi, il a comparé la vigueur et l’intensité de la fièvre à une émanation de l’Enfer, de même qu’il l’a comparée à l’intensité de la chaleur, pour attirer l’attention des gens sur l’intensité du châtiment de l’Enfer. Cette grande chaleur ressemble à son émanation qui désigne la chaleur ressentie à son approche.
Ibn Al-Qayyim mentionna ensuite deux vocalisations du hadith et indiqua laquelle était la plus authentique.
Les avis sur le sens de « rafraîchissez-la par l’eau »
Concernant sa parole : « rafraîchissez-la par l’eau », on trouve deux avis :
Le premier est qu’il s’agit de toute eau, et c’est là l’avis authentique.
Le deuxième est qu’il s’agit de l’eau de Zamzam. Ceux qui ont adopté cet avis ont pris pour argument ce que rapporte Abû Hamzah Nasr Ibn ‘Imrân Ad-Dubâ’i : « Je m’asseyais avec Ibn ‘Abbâs à la Mecque, et [un jour] je fus pris de fièvre. Il me dit : « Rafraîchis-la par de l’eau de Zamzam, car le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « La fièvre est une émanation de l’Enfer, rafraîchissez-la par l’eau. » ou « l’eau de Zamzam. » Le transmetteur a douté à ce sujet, et s’il avait été sûr, cela aurait concerné les habitants de la Mecque, car cela leur est facile, alors que pour les autres cela se fait avec ce qu’ils trouvent comme eau.
Ensuite, ceux qui pensent qu’il s’agit de toute eau ont divergé sur le sens visé : faire l’aumône d’eau ou l’utiliser ?
Ce qui est authentique est qu’il faut l’utiliser, et je pense que celui qui est d’avis qu’il s’agit de l’aumône l’a adopté car l’utilisation de l’eau pendant la fièvre lui a posé problème, et il n’en a pas compris le sens, alors qu’il est bon.
Ce sens est que la rétribution dépend de la nature de l’acte, ainsi de même qu’on éteint la flamme de la soif par l’eau froide, Allah éteint la flamme de la fièvre d’une rétribution adéquate. On tire cela de la compréhension et de l’orientation du hadith, quant à son sens, il désigne l’usage de l’eau.
Les autres hadiths rapportés sur la fièvre
Anas (رضي الله عنه) rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : « Si l’un d’entre vous souffre de fièvre, qu’on l’asperge d’eau froide, pendant trois jours aux dernières heures de la nuit. »
Source : As-Sahîhah (1301).
Abû Hurayrah (رضي الله عنه) rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : « La fièvre est une forge de l’Enfer, éloignez-la de vous par l’eau froide. »
Source : Sahîh Ibn Mâjah (2816).
Samurah rapporte que le Prophète (ﷺ) a dit : « La fièvre est une part de l’Enfer, rafraîchissez-la par l’eau froide. »
Source : Al-Haythamî dans Al-Majma‘ (5/94), mais sa chaîne de transmission est faible.
Abû Hurayrah (رضي الله عنه) rapporte qu’on mentionna la fièvre auprès du Messager d’Allah (ﷺ), et un homme l’insulta. Le Messager d’Allah (ﷺ) dit : « Ne l’insulte pas car elle fait sortir les péchés comme le feu fait sortir les scories du fer. »
Source : Sahîh Ibn Mâjah (2810).
La fièvre comme purification du corps et du cœur
Puisque la fièvre nécessite de s’abstenir des mauvais aliments, et de ne consommer que les aliments et remèdes utiles, cela aide le corps à s’épurer, à rejeter ses résidus et excès, et à le purifier de ses matières mauvaises. La fièvre a sur le corps l’effet du feu sur le fer, en rejetant ses déchets, et en épurant sa substance. Elle ressemble ainsi à la forge qui épure le fer, et les médecins du corps connaissent bien sa valeur.
Quant à la purification du cœur de sa souillure et de sa crasse, et le fait qu’elle en sort les choses mauvaises, c’est une chose que les médecins du cœur connaissent bien, ainsi que les en a informés leur Prophète (ﷺ). Mais si on atteint un degré où on désespère de la guérison de la maladie du cœur, ce traitement sera inutile.
L’interdiction d’insulter la fièvre
La fièvre est donc utile au corps et au cœur, ainsi l’insulter est une injustice et une transgression. Je me suis souvenu, une fois où je fus fiévreux, des propos d’un poète qui l’insultait :
L’expiatrice des péchés m’a rendu visite et est repartie
Malheur à elle en arrivant et en partant
Elle me dit en s’apprêtant à partir
Que veux-tu ? Je répondis : que tu ne revienne pas
Je me suis dit : malheur à lui, il a insulté ce que le Messager d’Allah (ﷺ) a interdit d’insulter et s’il avait dit :
L’expiatrice des péchés a rendu visite à son bien-aimé
Bienvenue à elle en arrivant et en partant
Elle me dit en s’apprêtant à partir
Que veux-tu ? Je répondis : que tu ne parte jamais
Cela aurait été meilleur et elle l’aurait quitté. [C’est ce qui m’est arrivé,] et elle m’a quitté promptement.
L’expiation des péchés par la fièvre
On rapporte dans un récit dont je ne connais pas l’authenticité : « La fièvre d’un jour équivaut à une expiation d’une année. » Il y a à ce sujet, deux points de vue :
- Le premier est que la fièvre attaque tous les membres et toutes les articulations, qui sont au nombre de 360, donc elle expie pour chaque articulation le péché d’un jour.
- Le deuxième est que son effet sur le corps ne se dissipe totalement qu’après un an, comme on l’a dit de la parole du Prophète (ﷺ) : « Celui qui boit du vin, sa prière ne sera pas acceptée durant quarante jours. »
Source : Sahîh Ibn Mâjah (2738).
Car l’effet du vin perdure dans le corps du serviteur, ses veines et ses membres durant quarante jours et Allah est plus savant.
Abû Hurayrah (رضي الله عنه) a dit : « Aucune maladie qui me touche ne m’est plus agréable que la fièvre, car elle pénètre chacun de mes membres, et qu’Allah (ﷻ) accorde à chaque membre sa part de la récompense. »
La méthode rapportée avec l’eau froide
Râfi‘ Ibn Khadîj rapporte que le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : « Si l’un de vous est pris de fièvre – qui est une part de l’Enfer – qu’il l’éteigne par l’eau froide et se tienne face à un cours d’eau après l’aube et avant le lever du soleil et dise : « Au Nom d’Allah. Ô Allah, guéris Ton serviteur, et montre la véracité de Ton Messager. » Puis qu’il s’y plonge trois fois, pendant trois jours. S’il guérit [qu’il s’arrête là], sinon qu’il le fasse cinq jours. S’il n’est pas guéri en cinq jours, alors pendant sept ou neuf jours, car elle dépasse rarement neuf jours, par la permission d’Allah. »
Le Cheikh Ibn Al Qayyim ajoute :
Cela est utile en été, dans les pays chauds, selon les conditions mentionnées, puisqu’à ce moment l’eau est au plus froid en raison de l’éloignement de sa rencontre avec le soleil, et en raison de l’accroissement des forces récupérées pendant le sommeil, la quiétude de l’instant et la fraîcheur de l’air.
Ainsi sont réunies la force des forces en présence et la force du remède qu’est l’eau froide sur la chaleur de la fièvre symptomatique ou la fièvre bénigne, c’est-à-dire celle qui n’est accompagnée d’aucune inflammation, mauvais symptômes, ou matières viciées.
L’eau froide l’éteindra, par la permission d’Allah, surtout pendant les jours mentionnés dans le hadith qui sont les jours pendant lesquels surviennent les pics de maladies très virulentes, surtout dans les pays mentionnés, en raison de la fragilité des humeurs de leurs habitants, et leur rapidité de réaction aux remèdes bénéfiques.
Écrit par Gold and Care
Fondateurs de Gold and Care, nous formons un couple engagé dans le domaine de la santé depuis plus de 10 ans. Portés par notre expérience et par notre rôle de parents, nous avons choisi de revenir à l’essentiel : des solutions naturelles, simples et efficaces, que nous utilisons d’abord pour notre propre famille.